Biographie

V I E


Jeunesse

Ignacy Jan Paderewski (né le 6 novembre 1860) est issu d'une famille de petite noblesse polonaise de Podolie, province qui faisait alors partie de l'Empire russe.

Il perd sa mère très tôt et est élevé par son père, administrateur foncier, qui reconnaît très tôt les talents musicaux de son fils. Ignacy entre au conservatoire de Varsovie à l'âge de douze ans ; au départ, il envisage une carrière de professeur de musique.
Il obtient son diplôme en 1879. En 1880, à l'âge de vingt ans, il se marie avec Antonina Korsak qui meurt en octobre 1881, quelques jours après la naissance de leur fils Alfred, né infirme.


Ignacy Jan Paderewski - caricature de Sir Leslie Ward publée dans Vanity Fair.


Carrière musicale

Les malheurs familiaux conduisent Paderewski à se plonger dans travail. C'est ainsi qu'il fait deux séjours à Berlin, en 1881 et 1883, au cours desquels il étudie l'art de la composition musicale et croise Richard Strauss, puis à Vienne, en 1883, où il est l'élève de Theodor Leschetizki.

Après une année passée à Strasbourg comme professeur de musique au conservatoire, en 1885-1886, il entame la carrière de pianiste de concert, en se produisant pour la première fois en public à Vienne en 1887, puis à Paris en 1888. Lors d'un concert à la salle Érard (auquel assiste Tchaïkovski), il est rappelé sur scène une heure durant. Il se produit également à Londres en 1890. Sa virtuosité est acclamée par le public qui lui fait une série de triomphes au cours d'une centaine de récitals aux États-Unis en 1891.

En 1897, il achète une demeure, « Riond-Bosson », située à proximité de Morges en Suisse, où il séjourne entre ses tournées de concertiste. Le 31 mai 1899, il épouse Helena Górska, baronne de Rosen, qui va se consacrer pleinement à son rôle de maîtresse de maison et contribuer à la réussite de nombreuses réceptions, où est invitée la fine fleur des milieux artistiques. La propriété est également un lieu de séjour de divers artistes, parmi lesquels Igor Stravinsky. Parallèlement, Helena œuvre dans le domaine social, créant par exemple une école d'aviculture pour jeunes filles polonaises. Elle cesse ses activités publiques en 1929, sa santé mentale s'étant dégradée, et meurt en 1934.

Après son remariage avec Helena, Paderewski raréfie ses apparitions publiques, préférant se consacrer à la composition musicale, essentiellement des pièces pour piano. Il compose également un opéra, Manru, qui est joué à Dresde le 29 mai 1901.

En 1913, il achète également un ranch viticole de 2 000 acres (8 km2) appelé San Ignacio, à Paso Robles (Californie), dans lequel il imaginait initialement séjourner pour « se reposer », mais auquel il consacre suffisamment d'efforts et de moyens pour obtenir des bénéfices conséquents.

L'engagement patriotique

Son engagement pour la cause d'une Pologne libre et démocratique commence à se manifester en 1910. Paderewski s'engage pour la cause polonaise à partir de 1910. Il contribue financièrement à la construction de la philharmonie à Varsovie, puis à l'édification des monuments de Frédéric Chopin et du roi Ladislas II Jagellon.

Dès le début de la guerre de 1914, il fonde à Vevey, avec Henryk Sienkiewicz, un « Comité central de secours aux victimes de guerre ». En même temps, il devient le représentant officiel de la Pologne aux États-Unis. En 1917, il rencontre le président Woodrow Wilson et lui remet un mémoire, dans lequel il plaide la création d'une Pologne libre et démocratique avec un accès à la mer Baltique. Le président américain inclut dans son discours de 1918 le postulat de l'indépendance de la Pologne parmi ses Quatorze Points.

Paderewski participe aussi à l'organisation des bataillons de volontaires polonais envoyés au combat sur le front ouest.

À la fin de la guerre, Paderewski se rend à Poznań, alors que la ville est encore occupée par les
Prussiens ; le 27 décembre 1918, il harangue la foule l'incitant à se soulever contre l'Allemagne. L'insurrection se termine par la victoire des Polonais et le rattachement de ce territoire à la Pologne

L'après-guerre

En janvier 1919, il devient Premier ministre et ministre des Affaires Etrangères de la Pologne recréée, fonctions qu'il occupe jusqu'en décembre. À ce titre, il est le chef des délégations polonaises qui signent le traité de Versailles le 28 juin 1919 et celui de Saint-Germain-en-Laye le 10 septembre.

Ayant quitté le gouvernement, il rend encore de nombreux services comme diplomate au service de la Pologne, par exemple dans diverses conférences internationales, comme chef de la délégation polonaise auprès de la Société des Nations.

Il reprend son activité de pianiste au cours de l'année 1922 et effectue un certain nombre de tournées internationales jusqu'au milieu des années 1930. Il joue également dans le film Moonlight Sonata, sorti en 1937, où il interprète son propre rôle. Peu avant la nouvelle guerre, il fonde en 1936 un mouvement politique appelé le « Front Morges » dans le but de consolider les opposants au durcissement du régime politique en Pologne advenu après le décès du maréchal Piłsudski.

La Seconde Guerre mondiale

En septembre 1939, après l'attaque allemande, au terme du pacte Ribbentrop-Molotov, la Pologne est
partagée entre l'Allemagne et l'Union soviétique. En décembre, Paderewski prend la tête du Conseil national polonais en exil. En 1940, il quitte la Suisse pour aller s'établir aux États-Unis et y reprendre, malgré son âge avancé, les activités de diplomate et d'orateur, afin de chercher à nouveau de l'aide pour sa patrie. Pendant un cycle de conférences données aux Etats-Unis, il contracte la pneumonie dont il meurt le 29 juin 1941 à New York. Sa dépouille ayant reposé pendant cinquante-un ans au cimetière d'Arlington, est solennellement transférée, le 5 juillet 1992, en la cathédrale Saint-Jean de Varsovie, et inhumée au cours des funérailles
nationales, en présence des présidents George Bush et Lech Wałęsa.

Distinctions
  • Pologne : Ordre de l'Aigle blanc, Croix d'argent de l'Ordre militaire de Virtuti Militari, Grand-croix de l'Ordre Polonia Restituta,
  • France : Grand-croix de la Légion d'honneur
  • Royaume-Uni : Chevalier grand-croix de l'ordre de l'Empire britannique
  • Italie : Grand-croix de l'ordre des Saints-Maurice-et-Lazare
  • Belgique : Grand cordon de l'ordre de Léopold
  • Roumanie : Ordre de la Couronne roumaine

Docteur honoris causa de :

  • l'université de Lwów (1912)
  • l'Université jagellonne de Cracovie (1919)2
  • l'Université de Poznań (1924)
  • plusieurs universités des États-Unis (Yale, New Haven, Columbia, New York, Southern California, Los Angeles)
  • Universités du Royaume-Uni (Oxford, Glasgow, Cambridge)
  • l'Université de Lausanne

Portent son nom :

  • la Philharmonie poméranienne à Bydgoszcz en Pologne
  • l'aéroport Ignacy Jan Paderewski de Bydgoszcz
  • la salle de concert Paderewski à Lausanne en Suisse.

Il est évoqué dans le 154e des 480 souvenirs cités par Georges Perec dans Je me souviens.

Hommage à Paderewski est le nom d'un recueil de pièces pour piano de 17 compositeurs, publié en 1942.

Le personnage interprété par Warren Beatty dans le film Mickey One (1965) d'Arthur Penn porte un toast au "Président Paderewski".

Discographie sélective :

  • Concerto op. 17 ; Fantaisie Polonaise op. 19, pour piano et orchestre - Radziwonowicz et Smendzianka, pianos ; Orchestre Philharmonique de Cracovie, dir. Roland Bader (1991, Koch)
  • Symphonie op. 24 « Polonia » - BBC Scottish Symphony Orchestra, dir. Jerzy Maksymiuk (1998, Hyperion)
  • Manru, drame lyrique en 3 actes, de 1901 - Solistes, Chœurs et Orchestre de l'Opéra Nova de Bydgoszcz, dir. Maciej Figas (2006, 2 CD Dux)
  • Concerto pour piano et orchestre op. 17 (+ Concerto de Moszkowski, op. 59) - Piers Lane, piano ; BBC Scottish Symphony Orchestra, Jerzy Maksymiuk (1991, Coll. « Le Concerto romantique pour piano » vol. 1, Hyperion)
  • Concerto pour piano et orchestre op. 17 ; Fantaisie polonaise sur des thèmes originaux, op. 19 ; Ouverture - Janina Fialkowska, piano ; National Polish Radio Symphony Orchestra, dir. Antoni Wit (1999, Naxos)
  • Sonate pour piano, op. 21 ; Variations et fugue sur un thème original, op. 11 et op. 23 - Jonathan Plowright, piano (2007, Hyperion)

Bibliographie sélective :
  • A. Nossig, I.J. Paderewski Leipzig, 1901
  • I. J. Paderewski, [Discours sur] Chopin. Traduit par Paul Cazin. Plaquette éditée à Varsovie en 1926 par la revue "Muzyka"
  • C.J.M. Phillips, Paderewski. The Story of a Modern Immortal, New York 1933
  • R. Landau, Ignacy Paderewski, Musician and Statesman, London 1933
  • J. Orłowski, Ignacy Jan Paderewski i odbudowa Polski, 2 vol. Chicago 1939-1940
  • H. Opieński, I. J. Paderewski. Esquisse de sa vie et de son œuvre, Lausanne, Éditions SPES, 1928 
  • W. Kędra, Ignacy Paderewski, Varsovie 1948
  • M. M. Drozdowski, Ignacy Jan Paderewski. A Political Biography in Outline, Varsovie 1981
  • W. Fuchss, Paderewski : reflets de sa vie, Genève, La Tribune, coll. « Un homme, une vie, une œuvre », 1981, 278 p.
  • A. Zamoyski, Paderewski, New York 1982
  • A. Piber, Droga do sławy. Ignacy Paderewski w latach 1860-1902, Varsovie 1982
  • É. Lipmann, Paderewski, l'idole des années folles, Paris, Balland, 1984, 341 p.
  • H. Lisiak, Paderewski. Od Kuryłówki po Arlington, Poznań, 1992
  • H. Przybylski, Paderewski. Między muzyką a polityką, Katowice 1992
  • R. Wapiński, Ignacy Paderewski, Wrocław 1999
  • A. Prażmowska, Ignace Paderewski et la renaissance de la Pologne en 1919, Noir sur Blanc, 2014

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